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de la rencontre avec LIONEL BOURG le 3 avril 06 à la Bibliothèque
de La Motte Servolex
Par Antoine Tarrabo,
La séance débute sur l’aspect de « délocalisation
» car la bibliothèque de La Motte Servolex accueille « Eclats
de lire ». « C’est un plaisir, dit Claire Schneider, la Directrice
de la Bibliothèque, d’accueillir les participants, car l’ŒIL
est un partenaire précieux ».
Pour Jacques Charmatz, le bonheur partagé est à trois branches
:
- le bonheur d’être reçu à La Motte
- le plaisir d’avoir Claude Burgelin, qui est la colonne vertébrale
de l’ŒIL, qui répond toujours présent par un conseil,
une aide, toujours dans un esprit militant.
- La joir d’accueillir Lionel Bourg qui a écrit et publié
de nombreux livres chez beaucoup de petits et grands éditeurs. Il est
à découvrir pour certains d’entre nous.
Claude Burgelin :
Lionel Bourg, c’est une vie d’écriture. C’est un auteur
inclassable, qui nous vient de St Chamond ( pays de Pinay et Ravachol) C’est
un écrivain en région, loin de Paris, loin des circuits habituels
de l’édition. Il ne s’agit pas de simple autobiographie.
C’est une quête de soi, de sa mémoire, de son histoire, avec
des questions lancinantes. L.B. utilise des registres de langues assez variés
( cela va du parler populaire de l’évocation de certains coups
de téléphone à des écrits plus soutenus)
L.B. a écrit plus de 30 livres depuis 20 ans, avec malgré tout
une audience discrète, portée par des éditeurs divers :
« Le Temps qu’il fait », « Fata Morgana »…
Ce sont toujours de beaux livres en tant qu’objets. De la prose poétique,
des méditations, des portraits choisis à la manière de
J.J.Rousseau avec une concision ( ?) politique des rêveurs de promeneur
solitaire, le goût de la botanique et d’ailleurs plus la géologie
que la botanique.
L.B. est issu du monde ouvrier, un monde rugueux. La cristallisation de tout
le travail d’écriture prend sa source probablement dans la mort
du frère aîné, mort noyé. De ce milieu familial,
L.B. tirera l’esprit de révolte et sa conscience politique. Lire
conscience contre le désordre, l’angoisse de la décomposition
de son frère dans sa tombe. Un conscience contre l’ordre.
Deux pôles très différents : une culture ouvrière
et une culture anarchiste anti-PC.
L.B. est capable de colère et de fureur. Il est un boulimique de lecture,
la lecture est une passion. Il peut avoir un regard terrifiant. Ainsi «
La Montagne noire » (2004) résume toutes les démarches de
L.B., il fait un rapprochement entre l’environnement des pays cathares
du côté de Carcassonne et des terrils, les « montagnes noires
» de St Etienne. Ce sont des méditations en roue libre par rapport
au paysage et par rapport à l’histoire.
Lionel Bourg :
Le monde dans lequel je suis né est un héritage contradictoire.
Il était politisé mais pas dans sa globalité. C’était
un monde sordide, la pauvreté n’est pas angélique. C’est
un monde d’humiliation. Sans vouloir grossir le trait et faire du Zola,
c’est un monde où sévit l’alcoolisme. J’ai été
un gosse tabassé. C’est un état de stupeur pour un enfant
et c’est difficile à assumer, même quand il y a dans ce monde
de la solidarité et de la tendresse tout de même. Un gosse ne comprend
rien dans ce type de monde-là, écartelé entre tendresse
impossible et violence. Il y a une contradiction forte d’où les
pôles qui provoquent une certaine dialectique.
Je fus un enfant longtemps silencieux, hébété même,
restant toujours dans le même coin. De cela, on en sort ou on en crève.
Je fouille sans arrêt le passé, comment j’en suis arrivé
là ?
Le langage était représenté par ma mère. Mon père
était un taiseux ou alors il était grossier ou violent. C’était
un langage d’une verdeur inouïe avec un registre sexuel très
appuyé.
Le langage me tarabuste tellement, je me suis battu pour gagner, conquérir
la langue qui n’était pas acquise au départ. La langue était
d’une terrible verdeur, très dépréciative. J’étais
fasciné par la belle langue, les phrases structurées étaient
un labyrinthe d’où je pouvais sortir.
La langue est au cœur de la question sociale. Au lycée j’ai
appris la grammaire. Le père ne voulait pas que je fasse des études
: « Tu vas être un pédé ! » Au contact des autres
je croyais que je n’avais pas la langue ; on est pauvre et on n’a
pas la langue. Actuellement on flatte l’indigence de la langue. Il y a
une paupérisation de la langue. Or quand on n’a plus de mots, on
n’a plus que la violence. Structure de la politique pour les pauvres,
pour qu’ils n’aient pas peur des mots, pour qu’ils puissent
penser ( ?) la pauvreté.
Lionel Bourg lit alors un extrait de « Cœur de pierre » (passion
de la géologie, intérêts pour les choses mortes pour pouvoir
vivre).
Claude Burgelin :
Lionel Bourg connaît la passion des pierres qui font une sorte de musique,
devenir en quelque sorte la pierres des corps.
Lionel Bourg :
Je me le demande ; c’est lié à la mort de mon frère.
Ma mère nous emmenait souvent au cimetière et j’imaginais
mon frère en train de pourrir sous les pierres, c’était
une vision hallucinante. A l’école, je ne lisais pas grand-chose,
à la fin du primaire j’ai commencé à dire non. J’ai
découvert la géologie vers 10/11 ans, et ça a été
une forme de catharsis. Je suis vraiment venu à la lecture par les pierres,
grâce à la précision de la géologie.
Ma mère avait un véritable rapport au langage. Un jour elle a
voulu me tuer à coup de couteau, un jour de grande colère. Mon
père, lui, cognait à froid. Ma mère l’appelait Adolf
! Ma mère c’était au contraire un déferlement de
violence à chaud.
Je ne lisais pas, je ne m’intéressais à rien, sauf aux exploits
de Charly Gaul. Mon père avait fait du vélo, il s’agit là
d’une véritable mythologie ouvrière.
Je m’intéressais alors aux pierres tourmentées, aux cailloux
figés, à ces arrêts organiques, pris dans l’obsession
de la mort de mon frère – la décomposition, le pourrissement,
le départ dans cette cérémonie funèbre permanente,
dans la religion. – Les pierres finalement représentaient le corps
impassible ? le corps inaltérable, pour pouvoir exister je devais passer
par un corps minéral pour pouvoir être incarné par la géologie,
par la paléontologie, par l’histoire.
J’étais fasciné aussi par Teilhard de Chardin et sa découverte
du Sinanthrope en Chine.
Au lycée, quand je suis sorti de mon silence, on n’a pas pu m’arrêter
de causer. A 13/14 ans je me révoltais à la moindre injustice,
je suis passé ainsi du silence à la parole. Je me suis mis à
écrire.
C.B. :
La montagne noire, c’est aussi le corps du frère…
L.B. :
En quelque sorte, j’ai pris corps dans les mots. J’ai découvert
l’existence par la langue. Je n’ai jamais été bien
de ma personne. Je n’ai acquis la densité d’être que
par le truchement de l’écriture, de la langue écrite. Et
au fil des années, c’est devenu un cheminement labyrinthique. J’ai
privilégié les phrases amples, je m’incarnais dans cette
activité physique. Je m’emporte, je marche, je relis à haute
voix mes textes en marchant. Toute mon écriture, tous mes textes sont
passés par l’épreuve du corps, toujours à haute voix
en me déplaçant. C’est une présence physique de la
langue. Pour créer une existence en voulant que ça ne finisse
jamais.
C.B. :
Respiration ample, métaphore de l’arbre, expression des branches
réunies, il faut voir toutes les ramifications, c’est à
proprement parler un rhizome. Il y a des passages haletants, à bout de
souffle, en saccades. Avec une phrase qui n’oublie personne. C’est
le rêve de l’écriture de tout englober, de retranscrire l’entier
du monde.
L.B. :
Certains écrivains ont tenté cela, Proust, Faulkner, Claude Simon
ont essayé de saisir l’intégralité du monde, de le
structurer dans la phrase. Rousseau, sur cette branche a fleuri la poésie.
Il y a toute une tradition, toute une lignée qui s’articule à
partir de Rousseau : les rêveries, les méditations (Ch.Nodier)
Ainsi Nerval, dans Aurélia, cohérence de la prose méditative
poétique pour un rapport au monde conflictuel non romanesque.
C.B. (lit un passage de « Montagne noire)
Il y a dans cette écriture des manifestations de fluidité et de
brusquerie de façon antagoniste. Il y a ce désir de la belle phrase,
fluide, qui s’envole et ainsi le besoin d’être en rage.
L.B. :
C’est un mouvement permanent, une insatisfaction permanente. Ecrire la
phrase qui va se perdre, qui est un estuaire, qui est un infini et en même
temps avoir envie de violence, de brusquerie, d’assaut du réel.
C’est un moment contradictoire, qui cherche un au-delà par la contradiction.
Aller plus loin, ailleurs, c’est un labeur insensé d’une
certaine façon, à l’image de la vie elle-même, où
il n’y a d’ailleurs pas de véritable résolution, la
contradiction se pérennise.
Parce qu’au fond je suis un tendre. C’est ce qui est en jeu dans
l’écriture, avec le sentiment d’être toujours insatisfait.
C’est jamais ça, c’est comme l’amour, il faudrait pouvoir
recommencer sans cesse. Mais j’ai réussi à dépasser
cette contradiction, c’est terminé à présent.
Question :
Les pierres avec leurs noms exotiques, obsidienne, calcite, vous ont-elles apporté
comme une musique ?
L.B. :
Oui, bien sûr, c’est très juste. J’ai été
fasciné par les mots, ceux de ma mère, mais à travers la
géologie, comme de la géographie. Comme beaucoup d’enfants,
comme beaucoup de poètes. Ce fut comme un appel à une langue étrangère,
une invitation à d’autres latitudes, un au-delà aussi une
musique en quelque sorte. Les noms propres sont fascinants, Samarcande, Macao,
Singapour, beaucoup plus que St Chamond…
J’écoutais Edith Piaf : « J’essuie les verres au fond
du café… » et j’entendais : « Je suis l’évère…
» et je me disais : « ça doit être bien d’être
l’évère… » Tous les gamins font ça, ils
découpent la forme auditive à leur façon, et créent
un sens nouveau. Ce dérapage très productif de la langue, au moment
où la langue trébuche, m’a toujours fasciné. Jeune,
j’étais très dyslexique, ça revient quand je suis
fatigué. Mais je travaille…
La chanson a été quelque chose d’important pour moi, je
suis né dans cet univers où la chanson était très
présente, de la chanson d’assez bonne qualité, à
la radio, en fond sonore (Brassens, etc.). Et pour un enfant dans une famille
où le langage est déprécié, qui n’est pas
toujours de bonne qualité, entendre ça, on apprend des tas de
choses, il y a eu imprégnation à la belle tournure.
J.C. :
…ainsi de Ferré…des gens qui font irruption dans votre vie
: la faute à Rimbaud, à Rousseau, à Voltaire…
L.B. :
Ferré, c’est encore autre chose. Ferré a déboulé
dans ma vie à quinze ans. C’était un bouleversement inouï
! Je peux dire aussi c’est la faute à des tas de gens, la faute
à Baudelaire, André Breton, à Rousseau. Le côté
grand propriétaire terrien de Voltaire m’agace parfois, alors que
je suis plutôt voltairien dans l’âme, à priori, mais
j’ai une telle tendresse pour Rousseau…
La poésie que je lisais à l’époque était confidentielle,
avec Ferré j’ai entendu une voix, une respiration, quelque chose
de physique, un type qui dit des choses, et de plus les chantait Et à
ce moment-là, un garçon de 16 ans se dit que ça existe,
qu’il y a cette majesté de la grande poésie, de la haute
poésie, de cette beauté fulgurante, très large, mouvement
maritime, de sac et ressac. Et aussi ces différents registres de langue,
du populaire au plus élaboré et cette révolte, que moi
je vivais à cette époque, oui. J’ai écrit un livre
sur lui. c’est « La faute à Ferré. » (une lecture
extraite de ce livre en est faite par BM)
C.B. :
Il y a tout ça, mais aussi en même temps une prise de conscience
politique : Lionel Bourg a écrit il y a peu un livre sur « Gracchus
Babeuf » et puis la littérature. (Il lit un extrait d’un
livre sur sa famille) Toute cette littérature a été conquise
sur les volontés paternelles.
L.B. :
Oui. Ma mère, très étrangement, avait un véritable
rapport à la littérature et à 15 ans, elle m’a jeté
à travers la figure « Voyage au bout de la nuit » en disant
: « Lis ça, toi ça te plaira ». Puis ça a été
Faulkner, ma mère était en admiration devant lui, et j’ai
compris depuis pourquoi, tous les personnages, petits noirs, filles violées,
les hobereaux, les types dégueulasses, c’est elle tout le temps
et en même temps dans la projection d’un autre monde. Et c’est
important car chez les ouvriers personne ne lisait, mon père n’a
jamais lu un livre de toute sa vie.
. Moi j’avais un refus de la lecture, surtout tout ce qu’on voulait
m’imposer, et donc aussi ce que ma mère voulait m’imposer.
J’en ai finalement lu de ses livres. Mais il est vrai que j’ai bénéficié
de ce contexte car dans une autre branche de ma famille, mes cousins, personne
ne lisait. Il est vrai que j’ai bénéficié de ce débat,
de cette opposition qui avait trait malgré tout à la langue, à
l’écriture, étrangement. Ma mère adorait François
Villon par exemple, alors qu’elle avait été à l’école
jusqu’à douze ans. Comment elle a fait ? sans doute ce fut l’année
du livre de poche, acheté ou volé d’ailleurs, dans les années
50, on pouvait lire pour pas cher. Il fallait donc pouvoir assimiler les différents
modes de langage. Etrange, cet univers complètement perdu et de langue
et en même temps dans des modes différents du langage.
C.B. :
Je veux souligner la qualité des passages qui évoquent les coups
de fil de la mère, la musique de sa phrase..
L.B. :
Oui, ma mère avait un vrai sens de la langue, mais dans la spontanéité.
Ses lettres sont touchantes, avec leur poésie de la catastrophe, elle
tentait de faire beau, c’était pitoyable. Les insultes proférées
par ma mère étaient d’une richesse métaphorique puissante,
elle avait un même temps une faculté imaginative et un rythme,
très charnel, très physique, alors que son écriture était
pitoyablement scolaire, tout à fait plate, et en même temps c’est
touchant, tout ça mêlé avec des lambeaux d’Albert
Samain ou de François Coppée, qui ne sont pas les plus grands
poètes du 19ème siècle. A l’oral, ma mère
avait un véritable rapport au corps charnel de la langue, c’est
peut-être ce que j’ai capté, d’une certaine manière.
Même mon père, dans ses bons moments, quand il évoquait
le vélo, avait alors un rapport riche à la langue, une faconde
intéressante.
Question :
Cette conquête de la langue, Annie Ernaux en parle, qui vient aussi d’un
milieu populaire, avez- vous souffert de ne plus utiliser les mots de la tribu
?
L.B. :
Non. Le problème de la langue…On a vécu sur des clichés
catastrophiques. On a opposé la langue de la bourgeoisie à celle
du peuple etc. Le français, comme n’importe quelle langue, est
nourri de différents apports, il se trouve que la classe privilégiée
a eu le temps de développer la langue, elle a pu aussi s’occuper
des arts. L’aristocratie a pu développer l’art de la littérature,
parce qu’elle n’avait pas d’autre chose à faire que
la guerre. Dans les années 70 s’est répandue une forme de
snobisme de la langue populaire, on disait qu’on écrivait «
peuple » et « érotico-peuple » Les auteurs de l’époque
qui ne mettaient pas bitte, con, cul, dans une poésie se sentaient déshonorés,
dans les écrits et ça n’a rien de révolutionnaire,
et que ça peut être très vite la misère. Ces intellectuels
qui jouent à ça m’énervent profondément…
Céline, c’est différent. On est dans l’invention d’une
langue, c’est autre chose. Lui, invective, il donne des attitudes de pauvres
; mais attention à ceux qui, nés avec des talons hauts, jouent
au ruisseau, en particulier dans le registre sexuel…
Rien n’est plus beau que l’amour et ce qui le dégrade par
la parole ou l’écrit, qui l’avilit, me gêne. J’ai
eu cette contradiction d’avoir, et je peux l’avoir encore, ce langage
très vert, très ordurier même, et d’essayer d’avoir
une autre langue,
Il y a une expérience populaire dans ce que j’écris, je
n’y renonce pas, et ça surgit dans un texte élaboré.
Il m’a fallu des années pour admettre que je pouvais aussi avoir
une part populaire dans l’expression. Mais il faut que ça tienne
aussi, il ne faut pas que ça apparaisse de façon artificielle.
De cette expérience, je n’ai plus ni amertume, ni douleur, et par
rapport à cela, je n’ai pas non plus de culpabilité, ça
me travaille mais, ça va…Il y a différents niveaux dans
la difficulté d’exprimer les mots de la tribu d’où
l’on sort.
J.C. :
Dans « Montagne noire », l’éditeur et vous-même
ont fait que tout ce qui est populaire entre comme un poème, le langage
trivial, sans ponctuation, est marqué, même graphiquement comme
langue poétique.
L.B. :
Mis a part certaines formules populaires que j’ai voulu insérer
dans le texte lui-même, la plupart de ces passages-là, c’est
la parole même de ma mère, de mon père, d’un oncle,
d’une tante, je les ai fait mettre en italique, parce qu’ils parlent
directement, le récit est coupé par des voix, qui ont ce langage
précis, qui les met en relief et qui peut effectivement les mettre dans
l’ordre du poétique par moments. J’ai aussi traduit parfois
les paroles de ma mère en italique.
J’ai essayé de traduire le côté physique des récits
sur le vélo de mon père racontant ses exploits cyclistes, lui
qui était un vrai cycliste amateur ont été pour moi quand
j’étais gamin, de véritables moments d’anthologie.
Vous voulez que je vous le lise ? (oui, dit le public) Vous me pardonnerez si
j’ai parfois du mal à lire ce passage parce que, derrière
l’aspect plaisant qu’il peut avoir, il m’est douloureux à
lire. ( Il le lit très bien ! et c’est très émouvant…on
applaudit)
Après une question sur les pierres et sur Malraux par une auditrice,
Claude Burgelin fait une lecture d’un texte de Lionel Bourg, pour terminer
la soirée :
« Elles sont en moi, ces vies qui sont miennes dans l’affection
et le rejet que j’ai pu avoir d’elles, les recevant contre leurs
cours mais du dedans, au plus touffu de ce qui m’en échoie et me
constitue, l’émotion, j’y reviens une fois de plus, d’appartenir
à leur monde sans y appartenir, ou n’y appartenant que pour pouvoir
trancher le nœud gordien du sang et des alliances, me ramenant à
ma table pour, sur ce lit ou ce grabat de mots, faire, avec un soin jaloux la
toilette de mes morts. »
J.C. :
Comme Patrick Laupin et Bernard Hoepffner, nous avons invité Lionel Bourg
dans le cadre de nos « Eclats de lire », écrivains de la
région, mais pas régionalistes, ils étaient, comme vous
avez pu l’entendre, essentiels à notre démarche. D’écoute,
d’une écriture autre, non romanesque, et en ce qui concerne Lionel,
c’est passionnant de voir qu’on peut écrire la vie sans entrer
dans le genre « roman » et il nous a ouvert ici une piste que nous
allons poursuivre l’an prochain.
Merci. Lionel va pouvoir signer les livres que vous pourrez trouver sur la table.
La soirée se termine par un petit repas que nous a concocté Claire
Schneider que nous remercions.
A.T. et B.M.
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Réaction de Philippe Castells, éditeur à Sassenage :
L’alchimie d’une rencontre relève d’une science instable.
Pourtant, parfois, une transsubstantiation opère et de pauvres auditeurs
que nous sommes, nous devenons complices, nous devenons humains. Les ors et
les sels d’une telle science sont bien rares. Nous eûmes, ce soir,
de la chance.
Bien sûr, comme socle de cette réussite, il y a l’incroyable
implication de Lionel dans son œuvre. Acteur involontaire il est devenu
le critique scient d’une mythologie familiale dont il est le centre effacé.
Ceux qui le connaissent, toujours succombent à ce mélange d’émotion
et de rébellion ; ceux qui le découvrent pleurent, Lionel lui
se contient, se cache derrière une boutade.
Claude sut, quant à lui, avec un doigté de chirurgien, orchestrer
questions et réactions, lectures et silences, par la pertinence de ses
interventions, de son effacement, devant Bernard ou jacques.
Enfin, l’intimité du lieu, j’allai dire du lieu dans le lieu,
la proximité des gens, leur chaleur, fini par faire de cette soirée
un vrai régal.
P.C.
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