Un Compte-rendu pour une non rencontre…
KUREISHI ET MOI… (ou une aventure de la vie associative)


Hanif Kureishi naît à Bromley dans le Kent, banlieue sud de Londres d’une mère anglaise et d’un père pakistanais en 1954. Une scolarité ennuyeuse et l’envie de quitter sa banlieue, lui font décider dés l’âge de 14 ans d’écrire. Il étudie la philosophie à l’université et ses premières pièces de théâtre ont un réel succès (prix en 80 pour Mother Country en 81 pour Outskirts ). C’est cependant avec My Beautiful Laundrette réalisé par Stephen Frears qu’il est mondialement reconnu puisque nominé entre autre pour l’Oscar du meilleur scénario en 1985 .L’écriture de Sammy et Rosie s’envoient en l’air suit avec le même réalisateur. Puis London Kills Me (1991) My Son the Fanatic (1997) et The Mother en 2003 poursuivent cette création cinématographique.
Il explore en parallèle le roman et en 1990 sort Le Bouddha de banlieue aussitôt couronné par le prix Whitbread du premier roman. S’ensuivent Black Album ,Intimité ,Le Don de Gabriel et le dernier traduit en français My ear at his Heart en 2004.
Nous ne pouvons oublier ses recueils de nouvelles, notamment Le corps en 2002, et la publication de nombreux essais dont Souvenirs et Divagations qui font de cet écrivain un homme utilisant toutes les écritures (ou presque) pour se dire.
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« A la sortie de l’université, j’exerçai divers métiers, le plus souvent au théâtre, en coulisse ou au guichet. Mais mon occupation principale ces années là consistait à m’asseoir devant le machine à écrire des jours et des semaines durant dans des appartements loués où je gelais ; sinon je m’ennuyais ou je luttais contre la gueule de bois en m’efforçant d’inventer des histoires à raconter et des personnages pour les animer[…]il en sortit des pièces et de la pornographie, un roman des articles et le journal que je tenais. […].J’entamais plusieurs projets à la fois, ce qui ralentissait le tout et me donnait l’impression d’être très occupé. Il me fallut regarder les choses en face : supporterais- je, oui ou non, l’engagement, la patience et les déconvenues qu’ endure l’écrivain et - question qui a son importance- trouverais-je, contrairement à papa, un public ? » My Ear at His Heart (2004) tr. Contre son cœur (2005).
De toute évidence la réponse à la deuxième question est oui puisque nous aurions pu avoir parmi nous, ce soir 15 février, un des grands auteurs anglais contemporains . Très occupé par la réalisation de son prochain film notre auteur ne viendra pas à Chambéry.


Voici donc ce compte-rendu d’une non-rencontre. Peut-être vous donnerai-je envie de le lire de le voir et pourquoi pas d’aller à sa rencontre à Lyon à la Villa Gillet le Mardi 14 février à 19h 30. Il y sera présenté par Claire Malroux (poétesse et traductrice d’Emily Dickinson, Wallace Stevens et Derek Walcott), Alain Morvan Recteur de l’académie de Lyon et professeur d’université qui vient de publier Mary Shelley et Frankenstein et Frédéric Regard professeur de littérature britannique à l’ENS et auteur de différents essais notamment L’écriture féminine en angleterre. Perspectives postféministes et de La force du féminin. Sur trois essais de Virginia Woolf
A Chambéry j’avais accepté (quelle fatuité de ma part ! ) de le présenter…
Pour que chacun connaisse le fonctionnement de l’association et pour vous dire qu’à l’ŒIL tout est possible, tout peut arriver je vous fais part d’un bref historique de mon aventure littéraire.
Lors du conseil d’administration qui entérinait la programmation de l’année en juin, la Villa Gillet nous proposait Kureishi, ce nom me disait quelque chose, j’avais vu deux de ses films.
J’apprends que c’est aussi un écrivain très connu (encore un que je ne connaissais pas). Je ne suis pas angliciste mais j’aime cette langue et la culture anglo- saxonne. La rencontre de l’OEIL sur la traduction, par Jean et Claude Demanuelli, m’avait donné l’occasion de relire en anglais et de découvrir Arundhati Roy, « The God of Small Thing s » (Le dieu des petits riens) et, ma foi, lire un roman (ou deux) en anglais était séduisant. J’ai donc lu cet été avec bonheur d’abord son premier roman - Chambéry oblige -, « The Buddha of Suburbia » : « Raunchily, scabrously brilliant…fascinating and infuriating…Kureishi has an extraordinary gift for creating vivid characters” annonçait la quatrième de couverture : je ne fus pas déçue !
En septembre je retrouve ses films, en octobre le scénario de « The Mother » que le Forum cinéma prévoyait de programmer…jusqu’à son dernier texte « Contre son cœur »…(il me ne restait que quelques nouvelles…)
Pendant quelques mois j’ai vécu au rythme de ce remarquable polygraphe créateur.
J’ai aimé son langage ouvert, universel.
L’Angleterre des années soixante/soixante dix qu’il me présente est celle de mon adolescence : ses écrits sont nourris et pétris de nos références communes à la fois musicales, politiques et culturelles. En entrant plus avant dans son œuvre j’approfondis le point de vue d’un « nouvel ami » qui m’instruit de l’intérieur sur les asiatiques anglais (ici les Indo Pakistanais), sur le métissage culturel, l’islam, sur ce qui fait l’appartenance à un peuple, sur les rapports à la mère, à la femme, au père, à l’enfant, en fait sur ce qu’est un homme.
De plus, son souci constant de réflexion sur l’écriture, l’autobiographie, le romanesque, sa propre présence dans le récit, la part de la vérité au croisement de différents points de vue, la construction ou re-construction de soi et de l’autre par l’écriture, (ce travail pénible, voire douloureux pour lui, de l’écriture,) en faisait un invité à ne manquer sous aucun prétexte.
De nombreuses personnes ont fait comme moi ; d’autres, dont des collègues anglicistes qui bien souvent connaissaient déjà l’auteur, attendaient avec joie cette rencontre qui n’aura pas lieu : ce sont les suprises de la vie associative.
Mais … la rencontre essentielle est celle de l’œuvre comme nous le rappelait Bernard Chambaz : alors je dis merci à l’ŒIL d’avoir une nouvelle fois stimulé ma curiosité.

Dominique Bombled