Compte-rendu de la soirée Jean Paul Chartier, le 12 nov.09 par Michel Carle

Cette conférence aurait pu être intitulée "hommage fait à Marguerite Duras, du Ravissement de Lol V. Stein". Ce titre est celui d'un article fameux de Jaques Lacan dans lequel l'hommage est tout à fait explicite:

" je pense que même si Marguerite Duras me fait tenir de sa bouche qu'elle ne sait pas dans toute son oeuvre d'où Lol lui vient... le seul avantage qu'un psychanalyste ait le droit de prendre de sa position, c'est de se rappeler avec Freud qu'en sa matière, l'artiste toujours le précède et qu'il n'a donc pas à faire le psychologue là où l'artiste lui fraie la voie".


A partir de la présentation d’Albert Fachler, on s'interroge sur une définition possible de l'hystérie. Cette définition ne peut être purement médicale. Jean-Paul Chartier propose la formule suivante : "retour intempestif de refoulé du corps", en cohérence avec les deux préalables qu'il pose d'emblée à savoir :
1) Il y a une "pensée du corps", distincte de "la pensée de la tête" ; les émotions parlent, produisent des mots.
2) Nos pulsions sont insatiables.

La pensée du corps, explique Jean Paul Chartier, c'est la présence ; la pensée de la tête, c'est la recherche du sens. D'après Jean Paul Chartier il y a une "tyrannie du sens" contre la présence. L'hystérie en tant que tyrannisée par le sens, a tendance à se rebeller, d'où l'idée d'"insurrection hystérique", qu'on trouve par exemple chez l'artiste Zouc.
L'hystérique vise à faire ressurgir les monstres.

En citant Deleuze (sur Francis Bacon), Jean Paul Chartier affirme que "avec la peinture, ou plutôt avec le peintre, l'hystérie devient art". Je prends l'exemple du tableau exposé par lui de Jean Raine pour affirmer que l'hystérie peut être ludique, joueuse (alors que chez Tchékov au contraire, la mélancolie l'emporte sur l'hystérie).
Autre exemple : à propos de Ravel, quelqu'un a parlé de "balancement immobile", on observe aussi chez Ravel ce jeu, cette hésitation ludique de l'hystérie.
Jean Paul Chartier en arrive enfin à l'évocation de "Ravissement de Lol v Stein" Lol est ravie au sens du rapt, il y a succession de rapts : le rapt du fiancé, Mikael Richardson, par Anne Marie Stretter ; le rapport de sa douleur ; elle "ravit" l'amant de son amie Tatiana Karl ; elle capte le regard du couple Tatiana Karl/Jack Hold, et en même temps, ce qui lui importe c'est de voir l'amour de Tatiana et de son amant (position de l'enfant qui imagine la "scène primitive").
En fin de compte, ce que les hystériques ravissent, c'est la vie , la vie des autres ; ils (elles) s'identifient à tout, ce sont des éponges.

Questions :
1) ne peut-on prendre l'exemple de l'art brut (cf le film "Aloïse" de Liliane de Kermadec)
2) ne pas oublier que l'hystérie est d'abord une souffrance, avant d'être un "jeu".
3) pourquoi parler de "pensée du corps" plutôt que de pensée inconsciente (Freud). votre approche semble trop dualiste.

M. C.